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Apprendre le chinois…dès le primaire !

2015-01-15 17:17:37 La Chine au présent

Par ANAÏS CHAILLOLEAU, membre de la rédaction de la Chine au présent

Ces dernières années, il est très populaire d'étudier la langue la plus parlée dans le monde ! À l'heure actuelle, ce sont près de 40 000 Français qui se sont lancés dans cette aventure linguistique et culturelle, des effectifs en hausse de 400 % sur une décennie. Le chinois est actuellement la 5e langue la plus enseignée en France.

Face aux phénomènes de mondialisation et de migration des populations, l'Éducation nationale prête un intérêt croissant à l'apprentissage des langues. L'anglais, considéré comme la lingua franca du monde, est devenu une discipline quasiment obligatoire dès l'entrée au CP. Mais certains écoliers, qu'on évalue au nombre de 4 500, font en plus l'expérience de la langue de Confucius dans les quelque 40 établissements qui en offrent la possibilité.

Apprendre le chinois…dès le primaire !

De multiples avantages

Joël Bellassen a été l'initiateur d'une « innovation pédagogique » dans l'Hexagone : en 1987, il a proposé des leçons de chinois pour les plus petits à l'École alsacienne de Paris, dans laquelle il était professeur. « Au milieu des années 80, j'ai lu une panoplie d'articles de neurolinguistique et j'ai découvert que le chinois mobilisait l'activité cérébrale différemment du français. Mon objectif à l'époque était alors d'utiliser le chinois comme matière d'éveil, à travers la reconnaissance des tons et l'écriture des caractères. »

Il ajoute que le passage d'une langue à une autre est un bon moyen de « muscler le cerveau ». Le passage d'une écriture analytique (français) à une écriture idéographique (chinois) s'avère un défi supplémentaire pour nos neurones. Les sujets bilingues développent ainsi une certaine « agilité mentale ». D'après une récente étude américaine, apprendre une langue orientale permettrait même de prévenir la maladie d'Alzheimer !

Par ailleurs, les experts sont unanimes sur le fait qu'il est préférable d'apprendre une langue tôt pour pouvoir la parler tel un natif. L'oreille des petits est plus malléable que celle des adultes. Les plus jeunes ont la capacité d'intégrer et de répéter beaucoup mieux les sons perçus. Mais dès 8-10 ans, il est déjà trop tard : leur oreille commence à se fermer aux sons qui ne sont pas présents dans leur quotidien.

Enfin, « le chinois étant une langue réputée difficile, autant commencer à l'apprendre tôt, indique Élisabeth Zéboulon, directrice de l'école Jeannine Manuel à Paris. Notre enseignement cible la compréhension internationale, avec un intérêt particulier pour l'Asie. » Agnès Holtzheyer, directrice de l'école La Nativité à Aix-en-Provence, commente : « Nous enseignons le chinois depuis 2005 aux CM1 et CM2 en cours facultatifs, à raison de 1 h par semaine. Actuellement, sur le marché du travail, savoir parler anglais n'est plus suffisant. Il est nécessaire de maîtriser d'autres langues. Et le chinois compte parmi les langues porteuses, du fait du développement fulgurant de la Chine et de la quantité de ses locuteurs. Se débrouiller en chinois sera sans doute un vrai bagage pour ces enfants. D'autant que le nombre de touristes chinois ne cesse de se multiplier dans notre région du Sud de la France. »

Mme Zéboulon ajoute : « Notre credo, c'est que la culture passe à travers la langue. En étudiant le chinois, les enfants s'ouvrent progressivement au monde asiatique. » Véronique Rousseau et Marie-Christine Criard, à l'origine du programme d'éducation aux langues et plurilinguisme institué en 2006 dans la petite école de La Genette à La Rochelle, opinent : « Notre objectif n'est pas uniquement l'apprentissage du chinois. De prime abord, nous voulons ouvrir les enfants à une diversité de langues et cultures, pour les "décentrer" par rapport à la langue française. Bien sûr, il y a une portée civique derrière. »

Outre l'esprit de tolérance que l'apprentissage du chinois peut renforcer, Mme Criard révèle un autre atout : « En français, lorsque l'on ne comprend pas un texte, on lance "C'est du chinois !", ce qui souligne la difficulté de cette langue. Les élèves sinisants ont ainsi ce sentiment de comprendre quelque chose d'ardu et de spécial, que même les adultes ne connaissent pas. Ils prennent alors goût à l'effort. De plus, comme ils débutent tous au niveau 0, certains voient le chinois comme une occasion de redorer leur blason scolaire. »

Des méthodes pédagogiques diverses

Vous l'aurez compris : l'apprentissage du chinois apporterait aux plus jeunes une panoplie de bénéfices. Interrogeons-nous désormais sur les méthodes d'enseignement employées.

D'après nos recherches, les manuels de chinois pour les primaires commencent à se développer, mais peu sont encore utilisés au sein des classes. Les enseignants, d'origine chinoise pour la grande majorité, choisissent eux-mêmes la pédagogie qui leur semble la plus adéquate.

Aux écoles La Nativité et Jeannine Manuel, l'accent est mis d'abord sur l'oral et l'écrit vient ensuite, selon les recommandations de l'inspecteur général du chinois. « Il faut tenir compte à mon avis de la charge cognitive propre à l'enfant, précise Joël Bellassen. À cet effet, je préconise depuis toujours de séparer l'oral et le graphique. Ils doivent apprendre les termes les plus utiles, mais il n'est pas nécessaire qu'ils sachent les écrire, car ceux-ci peuvent s'avérer compliqués. "Merci" (谢谢xiexie) en est un bon exemple. Toutefois, il ne faut pas pour autant faire l'impasse sur l'écriture, mais leur présenter des caractères simples (木 mu, 林 lin, 森 sen…) pour faire grandir leur intérêt à l'égard de cette langue. »

L'école de La Genette, quant à elle, ouvre une fenêtre sur la langue chinoise par le biais de la littérature. « Nous travaillons donc à partir d'œuvres culturelles réputées, comme L'Épopée du Roi Singe et Le cerf-volant du bout du monde, de sorte à émerveiller les élèves. Ils se laissent alors emporter dans la magie du chinois. »

Par ailleurs, des activités plus ludiques permettent aux enfants de réutiliser leurs connaissances. « Pour apprendre à écrire certains caractères, les élèves les tracent dans l'air en faisant des mouvements comme du tai-chi, suivant l'exemple de leur professeur, décrit Mme Rousseau. En outre, chaque fin d'année, les élèves montent sur scène au théâtre L'Horizon de la Rochelle et interprètent en chinois une pièce qu'eux-mêmes ont écrite. »

D'après les programmes de l'Éducation nationale, les élèves sont censés accéder à un niveau A1 (niveau élémentaire) à la fin du primaire. Toutefois, il est encore difficile de déterminer si cet objectif est réellement atteint. « À la fin du CM2, les élèves sont capables de se présenter en chinois, de compter, de dire les couleurs, etc... Mais il n'y a pas d'évaluation à proprement parler. L'objectif est avant tout privé », explique Mme Holtzheyer. En revanche, à l'école Jeannine Manuel, où les inscrits commencent le chinois dès le CP, on place la barre très haut. « Les élèves doivent être capables de passer le HSK 4, soit l'équivalent du niveau B2 (niveau avancé) », indique Mme Zéboulon.

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Commentaires plus populaires

Aube
Aube

le developement de transport en Chine est vraiement mervailleux!

Muhoza
Muhozainternaute

Salut ! Je suis Burundaise, j'aime beaucoup l'émission du cours de chinois j'ai envi de savoir dialoguer avec quelqu'un le Chinois.

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